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The Book of Urizen

The Book of Urizen est une composition de Jacob de Haan pour orchestre d’harmonie, soprane solo et récitant masculin, dans laquelle sont utilisés des collages sonores à connotation religieuse. Le compositeur a puisé son inspiration dans le fascinant poème cosmogonique de William Blake (1757-1827), écrivain, peintre, graveur, enlumineur, visionnaire, spiritualiste et philosophe mystique anglais dont les écrits illustrés occupent une place unique dans la littérature et les beaux-arts occidentaux.

Dans l’œuvre mythologique élaborée par Blake, The Book of Urizen (Le Livre d’Urizen) s’apparente aux livres bibliques de la Genèse et de l’Exode (racontant la création du monde et la sortie d’Egypte des Hébreux emmenés par Moïse) qui forment le fondement des religions chrétienne, judaïque et islamique. William Blake part du principe que toutes les religions sont les rameaux d’un même arbre et que les dieux résident dans le cœur des hommes. Dans The Book of Urizen, ces deux éléments se traduisent par ce que Blake appelle « The Net of Religion », le filet de la religion, jeté sur la terre par Urizen. Les collages sonores rassemblés par Jacob de Haan trouvent leurs origines dans la ville sainte de Jérusalem, lieu où ces trois grandes religions cohabitent.

I – La Vision

Dans le premier mouvement, The Vision (La Vision), Urizen conçoit sa vision du monde et l’expose aux Éternels, mais sa vision est rejetée. Urizen s’enferme dans le monde abstrait qui est le sien. Lorsqu’il en ressort, il est confronté à la fureur des Éternels qui se sont rassemblés autour de lui. Urizen fuit leur colère (« les flammes de la fureur éternelle ») et se réfugie dans les entrailles de son monde. Lorsque les Éternels le voient dormir d’un sommeil de pierre, ils se demandent si c’est la mort qu’ils contemplent. Désemparé face à l’isolement d’Urizen, Los le forgeron attise les feux de sa forge et donne une forme concrète au monde d’Urizen.

II – La Création

Le second mouvement, The Creation (La Création), relate la création du monde d’Urizen, ainsi que celle de l’homme, de la femme et de l’enfant.

Los est terrifié par l’apparence corporelle d’Urizen. Plein de pitié, il pleure Urizen, et de son sang naît une créature féminine du nom d’Enitharmon. Apeurés par cette créature, les Éternels dressent une tente pour cacher leur vision de l’éternité.

Enitharmon et Los engendrent un fils qu’ils appellent du nom d’Orc. Los le baptise « enfant du monde déchu ». Orc est nourri au sein maternel et ce lien privilégié suscite la jalousie de son père. Los emmène son fils au sommet de la montagne où il l’enchaîne. Les cris d’Orc réveillent Urizen qui explore son monde à l’aide d’instruments de mesure scientifiques qu’il crée à cet effet. Los enveloppe le visage d’Enitharmon pour le soustraire à la vue d’Urizen et d’Orc. Dès lors, Enitharmon peuplera la terre en donnant naissance à une descendance innombrable.

La mythologie de Blake

Urizen dans la gravure à l’eau-forte aquarellée de William Blake : The Ancient of Days. Il est ici représenté sous la forme d’un vieil homme barbu, portant des outils d’architecte pour créer et contenir l’Univers. On le retrouve aussi parfois avec des filets dans lesquels il piège les hommes dans les toiles de la loi et de la sagesse populaire. Dans de nombreux livres de Blake, il est dessiné avec quatre livres représentant les lois qu’il impose à l’humanité.

Aux débuts du mythe de Blake, Urizen symbolisait la moitié d’un système dual, dans lequel il représentait la raison et Los, son opposé, l’imagination. Par la suite, lors du retravail de la mythologie, Urizen devint l’un des quatre Zoas résultants de la division de l’homme primordial, Albion ; son rôle symbolique reste toutefois inchangé.

Urizen est l’incarnation de la sagesse conventionnelle et de la loi. Il est la Raison comme entendement borné, mais aussi l’ordre, la répression, l’autorité, la religion organisée.

Los, le forgeron, prophète et poète, incarne l’imagination, le travail artistique de la matière. Il est éperdument et douloureusement amoureux de son Emanation, ou équivalent féminin, Enitharmon. Enitharmon est aussi la Pitié, première émotion qui scinde l’âme humaine et permet l’intersubjectivité, en conflit avec le Désir.

Le fils de Los et d’Enitharmon est Orc, qui est l’Amour comme Passion de libération, l’essor de la Révolution.

Urizen veut créer l’univers matériel et lui donner des formes géométriques et mécaniques mais c’est le travail de l’imagination de Los qui va vraiment faire vivre ces formes.

Orc apparaît alors comme la Passion de la liberté, prométhéenne et satanique, contre l’ordre d’Urizen et de son père Los (et par un amour incestueux pour sa mère Enitharmon). C’est finalement l’artiste-démiurge Los, qui se plie sous Urizen, qui forgera les chaînes d’Orc, son fils rebelle, lié et crucifié, comme Laios fit avec Oedipe et comme Abraham fit avec Isaac.

“L’oeuvre de Blake est donc une critique sans précédent et confondante des pierres angulaires de la civilisation judéo-chrétienne : la Parole et la loi. Le mal est traditionnellement représenté comme un éloignement par rapport à l’un ou à l’autre – du non servatim de Satan à la consommation du « fruit défendu », mais ici la Parole et la loi sont littéralement présentées comme des menottes empêchant d’accéder aux possibilités infinies de l’univers et nous maintenant dans la prison terne des sens et des livres saints. Science et religion cessent d’être des forces opposées selon Blake, au lieu de cela elles deviennent des obstacles à la connaissance vraie – la première en soumettant la capacité de voir aux lois de l’univers matériel, la seconde en soumettant la pensée aux mots des livres saints (« le filet de la religion »). En ce sens, le seul « bien » possible pour Blake, est la rébellion de la capacité de voir – en l’augmentant pour lui permettre de contempler les multiples possibilités grâce à la vision extatique.” – Daniil Leiderman